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Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 18 avril 2013

SANS PARADE :: Interview en mars 2013

 
 
indie rock/atmosphérique
 
Sans Parade publie son premier album en avril 2013. Ils se définissent comme un 'petit groupe indie', à peine émancipé. Ce sont surtout trois finlandais issus d'univers musicaux très éloignés les uns des autres, et qui se sont retrouvés quelque part dans la mer froide, enveloppante, silencieuse pour enregistrer treize chansons. L'album provoque une rare satisfaction dans le genre : émotionnel et orchestral. «En trois jours nous pouvons atteindre quelque île inhabitée, jeter l'ancre et rester là, seulement nous, dans le silence, et sans rien du confort du monde civilisé.”, raconte Jahni Lehto, qui écrit les paroles envoûtantes et fortement inspirées de la solitude que peuvent susciter ces escapades. “Il y a une certaine morosité, qui est en quelque sorte un trait de caractère national. Cela peut sembler être négatif, mais nous rend peut-être plus introspectifs.” Tout est extériorisé cependant, dans la luxuriance sonore et les tréfonds poétiques de l'album : l'immensité, la beauté, la sauvagerie d'un pays où il fait bon prendre le large, pour se dévoiler progressivement à soi même. Tout se passe exactement comme le décrivent les paroles de The Last Song is a Love Song, la chanson d'ouverture : “Teach me everything/Imperfections, where the beauty lies/Show me every hidden detail.”
La composition est minutieuse., révélant un amour salvateur pour la magie musicale. Les refrains sefont isnsondables, l'apparente naïveté de certaines paroles ne les empêche pas de s'imprimer dans votre esprit parce qu'elles chantent comme une musique. “I have to close my eyes/Just to see you better/I have to close my mouth/Just to taste you better.” Les sons sub-aquatiques de la mélancolique Dead Trees, la fragilité de  A Ballet at the Sea et ses violons parfaitement assimilés, liquides, en font leur propres sortes de déclarations definitives. “And the darkest fishes/Swim in the deepest of the seas/Swim with me/And the water was dark/And the water was waiting/And nothing worth fighting for/Nobody was waving.” A Ballet at The Sea est l'une des grandes chansons de 2013 : toute en tension, en félicité, une invite, jusqu'à vocalises de pertulla sur “But the sea, oh sea !” On est baigné dans une ambiance proche de l'hostilité d'Abyss (le film de James Cameron) et la suggestion que ne plus respirer peut être une sensation délectable.
Interviewer ce groupe, c'est comme assister d'un point de vue exclusif à son apparition à la surface de cette immense mer où il nous plonge tous ensemble.
Pourquoi ce nom, Sans Parade ? On dirait qu'il signifie que vous allez induire vos forces émotionnelles lentement et sans bruit. On pense au long voyage d’une personne se déplaçant lentement, et atteignant au moment opportun plusieurs révélations successives.
Markus Perttula : Ton point de vue est bon ici, le nom de Sans Parade implique bien une progression qui se déroule sans être annoncée, sans signal ni célébration. Cette idée fonctionnait, selon moi, comme nom pour le groupe, car en son sein les forces sont supposées trouver une osmose, à la manière d’occurrences naturelles. Il faut laisser la musique parler d’elle-même. C’est un cliché, mais il a du sens, et cela rejoint mon idée de la musique comme étant une forme ou un moyen de communication. La musique contient toutes les dimensions et les sens, le reste est auxiliaire.
Comment décrirais-tu ce que vous rend unique, quand les gens ne vont pas manquer de vous comparer, pour le meilleur et pour le pire, à Muse, Arcade Fire, Sigur Ros, etc ?
 
Je crois qu'il y a quelque chose de Finlandais dans notre son, qui ajoute une singularité. L'hiver sombre et froid nous lie ensemble, puissamment. Mais peut-être que cela unit aussi bien tous ceux qui vivent à ces latitudes... Sans doute que la chose la plus originale chez nous est le mélange de nos influences. Je viens moi-même d'un foyer où la musique classique était la plus appréciée, et je n'ai découvert que plus tard les scènes folk, pop et rock, au moment où j'ai commencé à en faire partie, comme performeur et songwriter. Jani Lehto a surtout baigné dans la musique house (il continue de jouer avec l'Acid Symphony Orchestra, un groupe dans lequel ils jouent tous des Roland TB-303s). Pekka Tuppurainen, qui a aussi joué un rôle important dans la production de l'album, trouve ses racines dans le jazz expérimental. Ainsi, nous percevons tous la musique d'un point de vue très différent, et cela nous a aidés à créer quelque chose d'unique.
 
Avec cet album, complètement formé, vous avez créé une carte de sentiments, de sensations, comment le décririez-vous ?
Une carte tracée dans ma peau, et les routes saignent... [“And there is a map engraved in my skin », sur In A Coastal Town]. Cet album est porteur de beaucoup d'images, beaucoup de signes visuels qui amènent l'auditeur au plus près des histoires. Il ne repose pas seulement sur ces balises présentes dans les textes, mais possède une atmosphère musicale qui comprend plusieurs strates et qui s'exprime de son propre langage.
 
Enregistrer l'album a dû être un long processus ?
 
Cela nous a pris trois ans, pendant lesquels il a eu le temps de mûrir, de grandir, de devenir le fruit luxuriant qu'il est aujourd'hui. Ca a été un travail laborieux, nous y avons consacré tout le temps qu'il nécessitait. Avec un peu de chance, le prochain demandera moins de temps.
 
Quelles étaient les dynamiques et les émotions que vous deviez préserver en laissant telles quelles les variations de volume à l'enregistrement, comme vous l'avez fait ?
 
Il y a une tendance dans la musique pop à faire ressortir au maximum tous les sons, ce qui détruit en partie les dynamiques des chansons. Dans cet album, les différences de volume sonore ont été laissées aussi naturelles que possible. Ainsi les moments les plus calmes le sont vraiment, et quand ça devient plus intense, le son est vraiment plus fort. Cela pour respecter l'esprit de l'album, qui cherche à préserver les sons naturels des instruments que l'on joue. Le chant a également été pensé pour se rapprocher de l'effet d'un instrument de musique plutôt que d'être, comme habituellement, seulement la voix du chanteur.
 
Markus, ta voix est puissante et très distincte, c'est aussi une chose qui augmente l'impact des chansons. Comment as-tu travaillé avec ?
 
J'ai beaucoup d'idéaux quant à la meilleure façon de chanter, et un ensemble divers d'influences personnelles. J'ai aussi chanté dans plusieurs groupes, ce qui m'a rendu plus versatile. J'ai tendance à utiliser ma voix comme instrument et à beaucoup travailler pour communiquer plus de sens à travers les mots et les syllabes, tout en maintenant une approche naturelle plutôt que laborieuse. L'authenticité est toujours l'aspect le plus important dans le chant, où toute duplicité est si facile à déceler. Je ne me suis pas formé de façon classique, ni n'ai vraiment progressé autrement qu'en combinant les heures de travail avec le plaisir de chanter.
 
Cela t'a t-il paru naturel de chanter en anglais ?
 
Effectivement, car de nombreux groupes que j'ai écoutés et avec les chansons desquels j'ai commençé à chanter sont anglais et américains. L'anglais fonctionne bien pour l'introspection, pour exprimer ses sentiments intérieurs. La langue facilite la distanciation entre soi-même et les textes, mais te libère aussi pour expérimenter.
 
La guerre, la mort et la rupture sont des thèmes de l'album. Est-ce un album pessimiste ?
 
Je ne crois pas que ce soit nécessairement pessimiste, même si les textes contiennent effectivement des peurs et la sensation d'être abandonné. C'est une façon d'être compréhensif et sensible à ce qui nous entoure, reproduire des perceptions qui nous semblent suffisamment importantes pour être immortalisées sous forme de chansons. La réalisation des pertes, des peurs n'est pas pessimiste mais réaliste, et en cela nous aide à avancer, et a donc des implications optimistes. Et de mon point de vue, il y a une force à tirer des évènements de la vie, grands et petits, et lorsque les sentiments qui en découlent on tant d'espace pour s'exprimer, ils deviennent comme une sorte de totem qui nous guide pour la suite.
 
Pouvez-vous décrire ce dont parle la chanson The Last Song is a Love Song ?
 
JANI:
 
Le point de départ des paroles était un extrait de dialogue tiré d'un beau film sorti en 2008, The Reader (réalisé par Steven Daldry). Vers la fin du film le personnage principal, qui est emprisonné, une femme illétrée condamnée pour des crimes de guerre, dit à son ex-amant : “qu'y a t-il encore entre nous et la mort ?” Cette observation mélancolique mène le film à sa conclusion. Ou en tout cas, c'est ainsi que je m'en souviens – quand j'ai regardé le film à nouveau il y a quelques mois, j'étais surpris de découvrir qu'il n'y avait pas de telle phrase dans tout le film !!! Donc, ça reste un mystère, de savoir où j'ai trouvé cette phrase... Je l'avais écrite dans mon carnet de notes, mais j'écris souvent des choses, en provenance de toutes sortes de sources, parfois même des paroles que j'ai entendues à la table voisine dans un bar, et qui finissent dans mes chansons !
 
Dans Last Song, cette phrase est tournée en une lamentation qui ouvre le refrain [Please stand between us and death]. Le reste du refrain s'explique bien de lui-même, mais la phrase, “j'ai cessé de rêver, je ne me sens pas bien” résumait bien mes propres sentiments au moment où je l'ai écrite.
 
Ainsi bien que beaucoup de chansons de l'album soient presque “documentales”, des histoires à la narration linéaire (telle que On The Sunniest Sunday ou December 13th), Last Song est plutôt une collection de sentiments et d'images.
 
J'aimerais comparer certaines paroles des chansons aux themes du nouvel album du groupe Irlandais Villagers, {Awayland}. Le chanteur, Conor J O'Brien, me l'a décrit ainsi : “la confrontation avec le paysage et la façon dont l’individu gère son rapport à la société et s’adapte aux contradictions. Il est souvent question de tenter de garder la vue la plus large possible.” Comment les paysages prennent par à l'écriture des chansons ?
Les saisons et leur changements affectent mon humeur. Il y a toujours un désir d'être en été, mais de la même manière il y a quelque chose de beau et de serein dans un paysage blanc hivernal. Et la chute des feuilles d'automne a aussi sa beauté, ses couleurs. Puis le printemps arrive avec ses promesse de chaleur, de joie et de liberté. Beaucoup de changements, tandis que la société semble croire à une continuité linéaire, avec ses carrières, ses plans d'épargne. C'est évident, le paysage affecte la façon dont nous percevons l'environnement et la société autour de nous.
Comment les gens autour de vous vous inspirent vos chansons ?
Avec leurs sentiments, leurs attentes, leurs peurs et leurs espoirs. Si tu parles de ma motivation originelle pour écrire des chansons, j'ai senti plus facile de m'exprimer musicalement que verbalement. C'est venu davantage de l'intérieur que des gens, de l'extérieur.
En quelle mesure être finlandais a t-il inspiré l'album ?
L'hiver prend sans doute toujours le dessus. C'est difficile à décrire, mais la société et la culture de notre pays ont sûrement leur effet. Il y a une certaine morosité, qui est en quelque sorte un trait de caractère national. Cela peut sembler être négatif, mais nous rend peut-être plus introspectifs. La langue finlandaise affecte peut-être la façon dont nous utilisons l'anglais et comment nous nous définissons à travers elle, donnant à certaines idées une étrangeté, mais c'est difficile à dire, naturellement, de notre perpective.
Les choses qui se produisent dans certaines chansons peuvent t-elles seulement avoir lieu dans l'esprit des personnages, comme s'ils essayaient d'échapper à la réalité?
Tout à fait, il y a une forte propension à l'évasion dans l'album. Des sentiments trop forts qui doivent être évacués. Par exemple, Dead Trees a été inspiré par les conspirations historiques dans ce qu'elles ont de bizarre, et même terrifiant, paranoÏaque. Et l'histoire poursuit cette ligne de paranoïa qu'un possible “croyant” pourrait avoir. Mais ce n'est pas seulement des histoires d'échappées, il y a beaucoup d'ouvertures et d'émotions palpables, réelles. C'est davantage cela d'ailleurs.
Quelle est votre relation à la mer ?
JANI :
C'est une chose qui était là avant nous, et qui va demeurer bien après que nous sayons disparu. Son immensité est très apaisante. J'ai (avec quelques amis) un vieux bateau qui ne paye pas de mine, et si nous le sortons, en trois jours nous pouvons atteindre quelque île inhabitée, jeter l'ancre et rester là, seulement nous, dans le silence, et sans rien du confort du monde civilisé. Regarder le coucher de soleil, peut être. J'ai besoin de cette immensité de la mer autour de moi, autrement je ne peux débarrasser de toutes les stupidités du quotidien.
Comment faites-vous la promotion de l'album ? Où allez-vous voyager pour jouer vos chansons ?
Solina Records en Finlande et Stargazer Records en Allemagne ont tous deux fait un bon travail, et les concerts sont la prochaine étape.
Nous n'avons fait encore que quatre concerts, avec un set simplifié (à seulement quatre sur scène, sans batterie et sans appuis sonores), et on se sentait bien, avec la sensation de posséder entièrement la musique. D'autres concerts sont prévus, et il a beaucoup été question d'une tournée en Allemagne et en Suisse. C'est toujours dfficile pour un petit groupe indie de rassembler des fonds et d'être capable de voyager, mais dès qu'on se sera occupés de régler les détails, ne serons heureux de tourner hors de la Finlande, espérons-le, en France aussi !

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