“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 3 décembre 2012

CANDYE KANE & LAURA CHAVEZ - Interview un an après l'album...


article provisoire.
Même si vous ne questionnez pas Candye Kane à propos de son cancer, de son passé familial rude ou de ses formes généreuses aujourd'hui envolées, ce sont des données qui reviendront comme un leitmotiv dans le discours qu'elle véhicule. Son message de surpassement, étayé avec ses albums Superhero (2009) et Sister Vagabond (2011) , elle le martèle en 2012 avec une détermination de chaque instant. Candye Kane joue de la musique pour voir les yeux des enfants briller, pour exhorter chacun d'entre nous à ne jamais s'engager dans un régime inutile ou simplement pour le plaisir de retrouver son public français.

Verneuil-sur Seine accueille une date de la tournée française Candye Kane, le 20 octobre 2012 dans le cadre du festival Blues sur Seine. Une programmation mêlant blues et musique afro-américaines qui privilégie les coups-de-coeur, plus de cent lieux répartis dans deux départements à l'ouest de Paris et une dimension pédagogique à destination des écoles font de ce festival discret une sorte d’événement de proximité mais néanmoins ambitieux. C'est ainsi qu'une star internationale du blues telle que Candye Kane peut se retrouver à jouer dans la salle de spectacle d'une ville de 15000 habitants, à 40 kilomètres de Paris.

Dans la loge, une demie-heure avant le concert, les makis californiens ont été servis ; je me retrouve assis à la table et regarde Kane qui a la sympathie de répondre à mes questions tout en mangeant - sans réel appétit. Dans mon dos, installée dans un fauteuil contre le mur se trouve Laura Chavez, la l'amie dévouée de Ms Kane, qui semble veiller sur elle et intervient parfois dans notre conversation. Laura Chavez a été désignée comme « l'une des meilleures guitaristes du monde » dans un article français récent, et régulièrement par ailleurs.

« Aucun de ces types ne fait vraiment du surf même s'ils ressemblent à des surfeurs. » La conversation a bifurqué sur l'idée reçue qui fait des habitants de Los Angeles sont des êtres superficiels, presque d'une autre planète. Certaines chansons sur le dernier et meilleur album de Candye Kane, Sister Vagabond, semblent raconter un peu cette mentalité particulière : la reprise de Everybody's Gonna Love Somebody Tonight de Jack Tempchin et Glenn Frey ou Have a Nice Day, que Candye Kane a écrit à propos d'une personne qui l'a trahie. Sa précision à ce sujet était superflue, puisque la pochette de l'album contient une petite explication concernant cette chanson et les autres – une très bonne idée à mon avis. « C'est la réputation qu'ont les Californiens, ou même les Angelinois, qu'est-ce le mot déjà... Superficiel est bien, mais il y en existe un autre... Insipide. Sans profondeur. Nous avons de belles plages en Californie, mais la culture liée à ces plages peut être un peu... C'est lié à votre corps, et à quoi vous allez ressembler une fois en bikini. Les Beach Boys c'était super, mais la culture surf concerne davantage votre apparence. Quelle voiture vous conduisez et si vous êtes bon sur votre planche... » Plus tard dans la conversation, Candye Kane évoquera de nouveau les plages de Californie, cette fois pour en faire, de façon intéressante, une apologie. « J'aime être proche de la mer. La présence de l'eau aide ma pensée, m'aide à écrire des chansons, et quand je suis chez moi, je vis près de la plage, et je m'y promène. Ca me détend. » Kane est elle-même née en Californie, après tout.

« Le plus ironique dans tout ça, » dit t-elle juste après avoir évoqué les bikinis et les planches de surf, « c'est que j'étais grosse et je n'étais pas assortie à cette culture. » C'est sûrement ce qu'il y a de plus intense quant au personnage de Candye kane : la relation à son corps. Elle a longtemps fait partie des très grandes tailles, approchant les 150 kilos. Ses formes plus que généreuses lui avaient alors attiré la sympathie d'une certaine frange de femmes fortes en voie de se décomplexer. C'est étrange d'avoir cette conversation maintenant que Kane a tellement perdu de poids des suites de sa maladie, un cancer du pancréas contre lequel elle se bat depuis 5 ans. « C'est un peu étrange, car j'étais la championne des grandes tailles, j'ai écrit beaucoup de chansons qui parlaient d'être grosse et célébrer son corps tel qu'il est, et ça été une drôle d'expérience de perdre autant de poids d'un seul coup. C'est étrange d'être atteinte du cancer et d'avoir encore des gens pour vous faire le compliment que vous avez l'air en forme. Les personnes atteintes du cancer n'ont généralement pas bonne mine. Je n'ai pas essayé de perdre du poids parce que je n'aimais pas mon corps, mais car j'étais malade. » Au beau milieu du concert qui suivra notre entrevue, cette constatation et la perspective d'interpréter l'une de ses chansons préférées lui inspirera un de ces nouveaux genres de philanthropie qui fourmillent dès lors qu'elle prend la parole. Le concert est chargé de tendresse et de bonne humeur gouailleuse. « C'est une chanson que j'ai écrite il y a longtemps, elle s'appelle Two Hundred Pounds of Fun. Je fais un peu moins de deux cent livres maintenant. J'en pesais presque trois cents. J'ai été très chanceuse d'être grosse. Si vous prenez du poids ce n'est pas grave ! Mangez des café liegeois, des chocolat lieégois, des crêpes au Nutella, eat, eat, mangez, mangez ! Parce que si vous tombez malade, ainsi vous avez du poids à perdre ! Ne vous battez pas contre votre corps. Quand je pense à tout l'argent que j'ai dépensé avec Jenny Craig et Weightwatchers et tous ces régimes stupides, j'avais besoin de cette graisse pour sauver ma vie, car si j'avais été mince je serais morte ! Et vos corps sont beaux exactement tels qu'ils sont. Dieu vous a faits parfaits ! Et un jour vous allez aller au paradis et vous n'aurez même plus de corps ! Aimez ce corps maintenant, parlez-lui, dites-lui qu'il est si doux et beau. Votre corps peut vous sauver. » La salle rit beaucoup. Mais Candye Kane a fait mieux : quelques jours avant les élections, elle s'est servie de sa condition pour argumenter en faveur du président sortant. « J'aime mes fans et mes amis, quel que soit le choix de votre vote. Mais sachez que si je suis en vie c'est grâce aux nouvelles conditions de prise en charge des soins mises en place par Obama (à l'évocation de ce nom, le public français applaudit systématiquement). Quand Bush était président, je n'avais pas droit aux soins car comme je pesais 275 livres, on me refusait toute assurance. Merci à tous ceux qui payent des taxes et me permettent de financer mes soins ! » Ces problèmes lui ont inspiré la chanson Love Insurance : pourrait t-il y avoir une assurance contre les cœurs brisés, monsieur Obama ?, demande t-elle non sans humour. L'amour et les cœurs brisés ont chez Candye Kane quelque chose d'une relation de corps à corps, tonique.

A ses débuts, Candye Kane a commencé le blues pour engager une conversation avec son corps et son âme. Le blues, c'était simplement de la bonne musique, c'était avoir du bon temps, davantage qu'un courant musical. « James Harman a été le premier gars que j'ai vu jouer, il faisait dans le style improvisé des années 40, et il était très bon pour ça. Il jouait comme les anciens, comme T Bone Walker, en costume et avec des cuivres dans son groupe, c'était très cool. Les années 80 en particulier m'ont beaucoup influencée car à 21 ans, je commençais seulement à aller dans les bars et à voir de la musique live et à chanter. Je jouais avec tous types de musiciens, The Blasters, Los Lobos... Vous pouviez jouer du blues, ou du rockabilly, du jazz, et tout le monde participait. Tant que vous étiez sincère dans ce que vous jouiez le genre musical n'avait pas d'importance. Personne ne qualifiait ce que jouait James Harman de blues, ils disaient seulement « j'ai vraiment aimé ce groupe ». Il y a eu aussi Hollywood Fats dans cette scène des eighties, un très bon guitariste. Il est mort, comme beaucoup d'autres. Il y avait beaucoup de grands talents et j'ai été chanceuse de les côtoyer. » « J'aime vraiment la vieille musique. Je n'écoute pas beaucoup de musique enregistrée après 1969. J'écoute de la musique d'entre 1920 et 1968 »

C'est quand on lui demande d'évoquer ce qu'est le blues pour elle aujourd’hui que Candye Kane évoque pour la première fois quelques démons de son passé. « Je fais du blues depuis 1992. C'est toute ma vie et je pense n'être faite que pour la musique blues, car ma vie a été pleine de turbulences. Avoir des moments difficiles vous permet d'écrire de meilleures chansons. Les chansons que j'écris sont basées sur le blues à cause de ce que véhiculent les mots. Je ne sais pas, peut-être que si j'avais été une fille gâtée avec des parents normaux je ne ferais pas de blues. Mais j'ai grandi dans une famille pauvre avec des parents à moitié fous, mon père était en prison et ma mère abusait de moi. Quand j'ai découvert le blues et l'histoire de l'oppression qui sous-tend cette musique, l'histoire des gens qui ont souffert, ça semblait correspondre à ce que je ressentais. En plus, il y avait dans le blues beaucoup de femmes fortes qui étaient fières de leurs corps et qui étaient attractives, et j'étais moi-même fière de faire partie de ces femmes fortes. Lorsque j'ai découvert Big Mabelle, Big Mama Thornton ou Etta James j'ai trouvé une place pour moi à leurs côtés. » « Quand j'étais petite, ma mère avait l'habitude de dire que j' étais une petite pute, que je finirais en tôle comme mon père. Ma mère ne m'a pas donné beaucoup de mots gentils, j'ai donc commencé à les inventer pour moi-même, des mots pour me dire que tout allait bien tel que c'était. » Abandonné par ses parents, Candye Kane devient Pin-up et actrice de films pornographiques pour gagner ses premiers cachets et de quoi enregistrer ses premières chansons. « J'écris des chansons pour me tenir à distance du psychiatre. Le psychiatre coûte cher, écrire des chansons rapporte de l'argent. J'écris des chansons pour puiser l'énergie qui est en moi. »

Il n'y a alors qu'un pas à faire pour partager cette énergie avec son public, ce qu'elle fait tous les soirs de concert. « Je pense que chacun a le pouvoir de réaliser ses rêves, et la musique peut accélérer le processus car elle a un pouvoir que de simples mots n'ont pas. Si vous vous asseyez et vous répétez à vous même que vous êtes la fille la plus solide du monde, que vous pouvez arriver à bout de tout, ce n'est pas aussi fort que de le chanter. Je suis sûre que cette musique, c'est en partie la raison pour laquelle je suis encore en vie. » Ce soir, il sera bientôt temps pour Candye Kane et son groupe de remonter sur scène. La chanteuse a prévu un peu de repassage avant le grand saut (!).

Avec son accent traînant, ses héros classic rock (Led Zeppelin, Santana, Black Sabbath) et sa façon de trousser les solos de Sweet Nothin's ou de Walkin Talkin Haunted House, Laura Chavez est décidément le meilleur premier lieutenant que l'on puisse imaginer. Mieux que ça, on est dans un comics. “Elle est encore meilleure quand elle boit du whisky, s'exclame Candye Kane pendant le concert. C'est comme... un carburant !””Elle n'a que 30 ans. Imaginez-la à 50 !” Elle joindra le geste à la parole en déposant une bouteille de Jack Daniels au pied de l'ampli de “sa” guitariste. De Disneyland jusqu'aux lits d'hopital, la relation des deux est une aventure à la substance palpable sur l'album Sister Vagabond. Ce lien est une chose touchante qui s'exprime sur scène avec sincérité. “La prochaine chanson parle d'amour. J'aime écrire des chansons à propos d'amour, et celle ci je l'ai écrite avec Laura. Les cinq dernière années, je les ai passées à travailler avec Laura, elle est arrivée dans ma vie un mois avant que je suis diagnostiquée avec un cancer. Quand Laura a rejoint le groupe je lui ai dit : je vais peut-être mourrir, et sans doute devrais-tu partir et jouer avec un autre groupe, car tu es si douée, et les gens devraient te voir jouer dans le monde entier. Mais Laura est une si bonne amie qu'elle a décidé de rester. Et elle a veillé avec moi à l'hôpital toutes les nuits, est venue à mes rendez-vous médicaux et s'est renseignée sur ma maladie. Je vous souhaite à tous de pouvoir rencontrer un ami comme ça au cours de votre vie, si jamais vous tombez malade. Ca m'a tellement aidée d'avoir quelqu'un pour reprendre soin de moi et avec qui je puisse écrire des chansons.

Candye Kane a beaucoup d'autres amis. Plus d'un milllier de personnes lui ont souhaité son anniversaire sur les réseaux sociaux. Elle finira par commenter cette anecdote. “J'ai eu un millier de gens qui m'ont souhaité mon anniversaire, mais j'ai aussi un millier de gens qui me font des suggestions pour combattre mon cancer. Tout le monde a une idée à ce propos, mais aucune d'entre elles n'est garantie de marcher. J'ai choisi la chirurgie. Je ne pense pas que je vais me débarrassser de mon cancer en mangeant des fruits et des légumes, même si c'est utile d'en manger. Quand les gens vous disent soit de ne plus boire, soit de boire du thé Cambodgien tout les jours ou encore d'éviter l'eau qui est dans les bouteilles en plastique, ce sont des suppositions. Je suis pourtant très chanceuse d'avoir tant de gens, tout autour du monde, qui m'envoient leurs souhaits, leur affection, leurs prières, il y a là un vrai pouvoir, comme dans la musique.”

Quelques jours plus tard, Candye Kane devait se produire dans un centre d'arrêt de la banlieue parisienne. On lui avait demandé alors de “ne rien porter de sexy”. “Je vais y aller comme si je me rendais à l'église et chanter du mieux que je peux, confiai t-elle sur les réseaux sociaux.

2 commentaires:

  1. Bonjour, et merci pour cet article, très complet et intéressant. je voulais moi-même en faire un sur mon site minedeculture.com pour la venue de Candye Kane à l'Escapade d'Hénin-Beaumont le 31 janvier, mais du coup je ne sais plus! Je mettrai un lien vers votre article en tout cas! Bien à vous.

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  2. Merci ! Je vous souhaite un bon concert !

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